Communauté Chrétienne Saint-Timothée
Diocèse de Valleyfield (Québec) Canada

Seigneur ton ami(e) est souffrant(e)

Brusquement. On se retrouve rapidement seul et envahi par de multiples questions importantes…

Tôt ou tard, des amis viennent nous encourager et nous soutenir.
Chacun apporte son explication:

- Dieu éprouve ceux qu'il aime...
- Il faut bien payer pour ses péchés...
- Le Bon Dieu doit avoir ses raisons...
- Offre tes souffrances pour les missions...
- Il faut souffrir pour gagner son Ciel...

medecin

En plus: ce cri personnel...

ambulance
" Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour que ça m'arrive ?
Pourtant, j'ai toujours fait une bonne vie..."
Quand nous souffrons, notre souffrance ou notre maladie prend toute la place.
La souffrance d'une personne qu'on aime atteint aussi tout son entourage, tous ses proches.
On ne sait plus quoi faire ou quoi dire.
On se culpabilise souvent ou on culpabilise le malade ou la personne qui souffre.
Des fois, on choisit de ne rien voir...

Mais le plus pénible, c'est lorsqu'on tente d'expliquer la souffrance au nom d'une certaine religion. Oui, il est tentant de l'expliquer par cette Volonté de Dieu, d'un Dieu qui semble aimer la souffrance…

Quand quelqu'un souffre, est-ce bien le temps de lui faire un COURS DE RELIGION ?
De par sa Foi, le croyant a une difficulté de plus a comprendre sa souffrance: Il croit a un Dieu qui est Bon. Alors pourquoi Dieu le fait-il souffrir ?

1- Dieu ne veut pas la souffrance...

Ce n'est pas Dieu qui donne la souffrance. Au contraire, en nous partageant la Vie, la Volonté de Dieu
(ou son désir, comme le dit si bien l'abbé Pierre) est: qu'on vive longtemps et heureux:
" Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie, la vie en plénitude. " Jean. 10,10

Ce n’est pas du coté de la Volonté de Dieu
qu’il faut chercher la cause de nos maladies et de nos souffrances...

Nous sommes malades ou souffrants parce que nous sommes des etres complexes et fragiles.
Nous avons une histoire: un début et une fin.
Tout ce qui naît doit mourir un jour.

Notre corps, cette petite merveille, tout en étant d’une grande résistance, a des limites:
- Nos cellules de vie ont une durée limitée.
- Nous savons mieux maintenant, par la génétique, les causes de plusieurs de nos maladies.
- Sans parler des souffrances qui proviennent des lois de la nature: accidents… chutes etc...
- Comment oublier les forces de la nature : inondations, tremblements de terre, ouragans etc.!
- Nous avons aussi a lutter contre les virus, bactéries. C'est une lutte de tous les temps…Que de souffrances!

- Ajoutons a cela, nos comportements personnels a risques, individuels et collectifs :
pollution, alimentation, stress, drogue, etc. qui compliquent notre état de santé.

- De plus, nos choix et ceux des autres sont souvent des sources de souffrances morales.
C’est le prix a payer pour notre Liberté et celle des autres…

Nous ne sommes pas des « robots programmés » heureux ou malheureux…
mais des etres avec de nombreux choix a faire tout au long de notre vie...

Mais ou est Dieu dans tout cela ?

Le silence apparent de Dieu n'est pas une absence mais une présence discrete…


Comme les parents avec leurs enfants…
Dieu respecte nos choix et pose sur nous un regard amoureux
devant nos apprentissages dans la vie… (nos essais, erreurs, peines et joies…).

2- Les fausses images de Dieu….

Nous traînons encore aujourd'hui, dans notre imaginaire religieux, des images de Dieu et dans notre langage des expressions
qui semblent expliquer la souffrance. Elles ne rendent pas toujours justice a Dieu:

Qu'est- ce que j'ai fait au Bon Dieu ?

Quand on tombe malade ou que l'on souffre, on pense facilement que
c'est une punition de Dieu.
On s’est fait dire: " Dieu va te punir ! "
On pense qu'il est normal de souffrir
un jour pour ses péchés,
pour gagner son ciel !
Ou on se fait dire: je ne comprend pas,
tu ne méritais pas cela !
Hélas, voici l’image d'un Dieu
qui aime la souffrance...

Ça sert a quoi de faire une bonne vie

Inconsciemment, et selon l'esprit
de l'Ancien Testament,
on pense que si Dieu est juste,
une vie rangée et vertueuse
entraîne une existence heureuse,
tandis qu'une mauvaise vie entraîne
une existence malheureuse.
Donc, les bons devraient etre heureux
et prosperes; les méchants, eux, malheureux et pauvres.
Ce n’est pas évident…

Image d'un Dieu qui devrait nous punir ou
nous récompenser, selon notre conduite… Et pourtant...
" Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes
." Mtt. 5, 43-45

Dieu éprouve ceux qu'il aime ...

Drôle de façon de dire son amour !
Quel parent agirait ainsi
envers son enfant ?
A ce prix, on accepterait d'etre
un peu moins aimé!
Dieu pourrait-il changer d'adresse ?
Pourrait-il en aimer un autre que moi ?
Image d'un Dieu qui aime mal…

3- Le Dieu de Jésus

Comme bien de ses contemporains dans le monde paien ( Grece, Égypte ) et dans le monde juif, Jésus avait un don de guérison. Ce qu'il y avait de particulier en Jésus, c'est la signification qu'il donnait a ses guérisons. Elles étaient des signes de la Bonté de Dieu. De plus, Jésus exerçait ce don principalement aupres des gens simples, malades, exclus, faibles, démunis...
- les dix lépreux : Luc 17,11-19
- un possédé aveugle et muet : Mtt. 12, 22
- la fille de la Cananéenne : Marc 7, 17-29
- un paralysé : Mtt. 9, 2-7 ( et 19 autres textes )
Jésus annonçait alors un Dieu pour qui rien n'était plus important que la santé et le bonheur des gens qui souffraient.
Jésus était ému et sensible devant les personnes qui étaient dans la peine.
En plus de ses gestes, Jésus annonçait un Dieu qui aime, non seulement comme Créateur, mais surtout comme un Pere,
un Dieu de Bonté, un Dieu Solidaire…

D’une certaine façon on pourrait dire que: croire au Dieu de Jésus, c'est croire que Dieu ressent, pour chacun de nous
qui souffrons, le meme tremblement qu'éprouve tout parent devant la souffrance d'un de ses enfants.

Les gestes, les silences et les paroles de Jésus nous annoncent un Dieu de Bonté. Jésus nous a dévoilé le cour de Dieu:
- qui donne et aime la vie...
- qui est blessé par notre souffrance…
- qui veut qu'on vive longtemps et heureux…

Notre tentation est grande de rendre Dieu coupable de tout ce qui nous arrive.
Dans ces périodes loin d’etre le coupable, Dieu devient un soutien important...

4- Jésus, lui aussi, a souffert...

" Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Mt. 27,46
Ce cri de Jésus est identique au cri lancé vers le ciel par les hommes et les femmes, quand ils souffrent depuis trop longtemps…
Le cri de Jésus-fils est aussi le cri de Dieu-pere.
Le psaume d’ou est tiré cette expression est avant tout un psaume de confiance en ce Dieu qui entend nos cris et qui est a nos côtés… ( psaume 22 )
« Dieu prete l'oreille a nos souffrances et a nos cris. » croix
Ex. 3, 7-9 et Ex. 22, 20-26

" Restez ici et veillez avec moi..." Mt. 26,38
Devant la souffrance, Jésus, lui aussi, ne veut pas etre seul. A Gethsémani, il va réveiller ses amis. La souffrance de Jésus ne les empeche pas de dormir.
Nous aussi, nous nous sentons seuls dans notre souffrance… Quelques fois nous dormons devant la souffrance des autres...
La personne atteinte par la souffrance a besoin de rompre l'encerclement qui l'isole.
Elle cherche une présence aimante…Dieu lui assure cette présence...

« Non, comme je veux… » Mt. 26,42
Jésus, lui aussi, demande a son Pere de lui épargner la souffrance comme dans le cri d'un enfant qui doute, souffre ou se révolte… Il a résisté a demandé que Dieu intervienne avec Puissance...

Qui, d'entre-nous, n'a pas lancé un tel cri ?
Jésus vit difficilement sa situation, non voulue, imposée par la liberté et la malice humaine !!!
- mais il est avec nous…
- il marche avec nous…
- il est solidaire de notre souffrance…

« Si je suis enfermée au milieu des ténebres, le Seigneur lui-meme est ma lumiere… » Michée 7,8

Jésus n’est pas venu nous apporter une théorie de la souffrance,
mais, la prenant sur lui, il est venu la remplir de sa présence... Paul Claudel

5- Quand tu visites un(e) malade...

- N'aie jamais l'air pressé.

- Ne parle pas trop de toi. Ne te plains pas de tes activités trop nombreuses: au lieu de te plaindre, il risquerait de t'envier.

- interroge-le sur sa maladie, sur ses traitements.Parfois, un malade aime se raconter. Il faut, aussi, savoir se taire…

-S'il s'agit de quelqu'un atteint d'une maladie de longue durée, ne lui demande pas toujours si ça va mieux:
mais parle-lui pour aujourd'hui.

- Ne l'encourage pas sur un ton trop léger: " Ça ira ". N'essaie pas de lui prouver a tout prix que " ça va ",
tu aurais l'air de vouloir ignorer sa souffrance pour ne pas devoir la partager.

- Ne le plains pas, au contraire, comprends-le. Fais-lui raconter quelle est sa vie. Ne l'écoute pas distraitement, mais fais des efforts pour te mettre a sa place," dans sa souffrance ".

- Sois cependant toujours tres attentif a ce qu'il ne se fatigue pas a parler. Montre-lui que tu l'as compris et que ta sympathie
a su deviner tout ce qu'il n'aura pu te dire. des fois, un toucher affectueux vaut bien des paroles…

- Rien que de pouvoir se confier, de se sentir compris et surtout aimé, un malade est déja réconforté.
Il est pret alors a se laisser guider utilement dans sa vie de malade

- Parle-lui des autres malades que tu visites pour qu'il se rende compte qu'il y a des souffrances autres que la sienne,
tout en sachant que notre souffrance est toujours la plus grande et la plus importante…


Quelques fois on entend dire:

-la souffrance va te faire grandir !!! feux circulation

Aucune souffrance en soi ne fait grandir,
plus souvent qu’autrement elle rapetisse et écrase…
Mais elle peut etre « l’occasion » d’une prise de conscience, d’une réflexion, d’une minute de vérité
sur ce qui nous fait vivre, sur nos comportements, sur nos relations, nos valeurs…
Mais nous devons tout faire pour enlever les sources de souffrance…

Transformez les pierres qui vous font trébucher:
qu'elles deviennent le marchepied d'ou vous prendrez votre envol

 

6- Deux de nos enfants sont malades (1)
( témoignage de parents )

" On ne peut accepter de vivre avec des enfants malades.
Mais on apprend a vivre avec cette maladie. Maman bebe

Nous avons appris a apprivoiser la maladie...
Ce n'est pas Dieu qui a voulu ça. Je dois vivre cette réalité dans la confiance.
Je crois qu'il est important d'en parler.
C'est un peu comme cela que la guérison a fait en moi son chemin...
Je n'espere pas de miracle au sens ou on l'entend.
J'espere que les enfants seront heureux de vivre avec leur maladie.
Dieu vit en eux et cela malgré leur maladie.
Nous espérons, tous les deux, qu'ils garderont leur spiritualité et que cela les aidera. "


(1) Maladie de l'ataxie de Friedrich, causée par un gene défectueux qui affecte le systeme neuromusculaire.
Revue N.Dame du Cap, oct. 96

D’apres plusieurs études récentes, surtout aux États-Unis,
on découvre que les personnes se donnent de meilleurs chances de guérir:
- si elles ont un esprit positif et combatif
- si elles ont une croyance ou une religion
- si elles ont un but personnel ou familial
Alors:
- le systeme immunitaire peut devenir plus robuste, plus efficace…
- la pression artérielle peut diminuer...

Les miracles sont possibles… ( réflexion d'une infirmiere )
" Dans notre société ou il faut toujours un responsable, il est difficile d'admettre que la maladie est la,
qu'elle existe tout simplement.
Pour moi, le miracle, c'est la rencontre de Dieu en dedans de soi, au-dela des apparences.
C'est la rencontre de Dieu aimant et présent, non d'un Dieu intervenant qui pourrait, s'il le voulait, me guérir de mes maux.
Vous avez raison de dire que les miracles sont possibles aujourd'hui.
Mais le miracle, c'est a l'intime de l'etre qu'il a lieu, lorsque je vois, dans la maladie, une porte ouverte qui me permet d'apprendre quelque chose de neuf sur moi, sur Dieu.
La maladie peut devenir, grâce a différents intervenants extérieurs, une occasion de faire un pas de plus dans la découverte
de mon etre, de ce qui me rend unique et précieuse aux yeux de Dieu."

O miracle ( André Myre )

Ces quelques réflexions ont été inspirées par:
- Le penchant de Dieu, " Billet " de Mgr Lebel
- Dire ou maudire sa souffrance ( Job ) Jean-Pierre Prévost éd. Paulines
- O Miracle: Jésus et les malades, André Myre éd. Paulines
- Récits de miracles en milieux juif et paien, Cahiers Evangiles éd. Cerf
- Le Cri de Dieu, Olivier Le Gendre éd. Anne Sigier