Communauté Chrétienne Saint-Timothée
Diocèse de Valleyfield (Québec) Canada

« Dieu-Père, enfant prodigue et fils aîné »

La parabole du père qui aime ses deux fils:
- l’enfant prodigue
- et le fils aîné

Evangile de Jésus selon l’écrit de Luc 15, 11-32

D’apres le livre de Henri Nouwen
LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE
Edition Bellarmin et LA TOILE DE REMBRANDT 1662

Le retour à la maison…

La Foi, c’est la certitude absolue que la maison a toujours été là et qu'elle sera toujours là.

La vrai voix de l'amour est une voix douce et subtile qui me parle dans les endroits les plus cachés
de mon cour. Ce n’est pas une voix bruyante qui s' impose de force a moi pour attirer mon attention.

C'est la voix d'un pere presque aveugle qui a pleuré beaucoup, et qui a connu plusieurs morts.
C'est une voix qui ne peut être entendue que par ceux et celles qui acceptent de se laisser toucher ( 50 )

Sentir la bénédiction des mains de Dieu et entendre la voix qui m'appelle le Bien-aimé,
c'est une seule et même chose.

Nouwen

Le fils prodigue…


Le jeune homme que le père tient dans ses bras et qu'il bénit est un pauvre, un très pauvre homme.
Il a quitté la maison plein d'orgueil et bourré d'argent, déterminé a vivre sa vie loin de son père
et de sa communauté. Il revient avec rien: son argent, sa santé, son honneur,
le respect de lui-meme, sa réputation.
Tout a été gaspillé…

Rembrandt laisse peu de doute quant a sa condition:

- sa tête rasée ressemble a celle d'un prisonnier dont le nom est remplacé par un numéro. Il a perdu son individualité…

- ses vêtements sont des sous-vetements qui couvrent a peine son corps émacié.
Il est vetu de haillons qui trahissent sa grande misere.

- il est agenouillé et sans manteau: la tunique déchirée couvre a peine son corps épuisé de fatigue,
dont toute force est disparue.

- la plante de ses pieds
raconte l'histoire d'un long et humiliant voyage. Les pieds nus signifient la pauvreté et souvent l'esclavage. Les souliers sont pour les riches et les puissants. Les souliers protegent contre la morsure des serpents;
ils procurent sécurité et force.

- le pied gauche, dont la sandale est détachée, porte des cicatrices.

- le pied droit, a demi chaussé d'une sandale déchirée, parle aussi de souffrance et de misere.
C'est un homme dépossédé de tout, sauf une chose, son épée...

son épée…

- le seul signe qu'il lui reste de sa dignité, c'est la courte épée qui pend de sa hanche, l'embleme de sa noblesse.
Même au milieu de sa déchéance, il s'était accroché a la vérité qu'il était toujours le fils de son pere. Autrement, il aurait vendu sa précieuse épée, symbole de sa dignité de fils.
L'épée est la pour montrer que bien qu'il soit revenu comme un mendiant et un proscrit, il n'avait pas oublié qu'il était toujours
le fils de son père. C'est cette condition de fils, estimée et jamais oubliée, qui l'a finalement décidé a revenir… ( 58 )

- sa tête ressemble a une tête de bébé qui vient tout juste de sortir du sein maternel; elle est encore humide.
Sa face est celle d'un fotus comme s’il vivait le retour dans le sein de Dieu, a la fois Pere et Mere…Il faut accepter de renaître
( Nicodeme ) dans un amour retrouvé...Que de chemin parcouru ! La même lumiere radieuse enveloppe le pere aussi bien que le fils. C’est une joie paisible, celle qui appartient a la maison de Dieu ( 93 )


Croire dans le pardon, c’est le plus grand défi de la vie spirituelle...

J'ai tellement peur de n'etre pas aimé, d'etre blâmé, écarté, écrasé, ignoré, persécuté et tué,
que je développe sans cesse des stratégies pour me défendre,
m’assurant ainsi l'amour dont j’ai besoin et que je crois avoir «  mérité ».
En agissant ainsi je m'éloigne de la maison de mon pere
et je choisis de demeurer dans un " pays lointain ". ( 52 )

Le fils aîné...

Debout les mains fermées: il est le principal observateur du retour du fils cadet. Il regarde le pere mais sans joie. Il n'exprime aucun accueil. Il se contente d'etre debout, froid, souliers tres propres, bien coiffé et surélevé sur une plate forme, apparemment peu désireux de bouger. Il a la sûreté de celui qui a des droits !

Espace: le fils aîné, grand et sévère, domine le côté droit. Il y a un large espace ouvert séparant le pere de son fils aîné, un espace qui crée une tension…Il ne semble peu empressé de partager l'accueil du pere. Que va-t-il faire? S'avancer et embrasser son frère comme son pere l'a fait ? ou s'éloigner, dégouté et frustré ?
Il ressemble a son père: les deux sont barbus, avec une longue chevelure et portent une grande cape rouge sur les épaules. Ces détails expriment qu'ils ont beaucoup en commun. Cette ressemblance est souligné par la lumiere sur le visage du fils aîné, ce qui l'unit d'une façon directe au visage lumineux de son pere.
Mais avec quelle différence !
Le pere est penché sur son fils cadet. Les yeux presque fermés.
Le fils aîné, les yeux grands ouverts, est debout figé dans sa “ droiture ” accentuée par le long bâton qu'il tient a la main et qui le protege...
La cape du père est ample, accueillante, large ouverte: / celle du fils est rétrécie, pend le long de son corps et l’enferme.
Les mains du pere sont étendues et touchent le fils cadet dans un geste de bénédiction;/ les mains du fils aîné sont fermées et serrées, tout contre sa poitrine.
Les deux visages sont éclairés, mais la lumiere sur le visage du pere se répand sur son corps, surtout sur ses mains, et enveloppe son plus jeune fils dans un grand halo de chaleur lumineuse;/ tandis que la lumiere sur le visage du fils aîné est froide et ne rayonne pas. Son corps demeure dans la noirceur et ses mains fermés restent dans l'ombre.
Le fils aîné se tient hors du cercle de l'amour, refusant d'entrer. La lumiere sur son visage témoigne qu'il est appelé, lui aussi, a la lumiere, mais personne ne peut l'y forcer. Il se tient a distance, regardant le geste de bonté de son pere, mais ne peut pas encore surmonter sa révolte et laisser son pere le guérir, lui aussi...
Le sentiment d’avoir des droits dans l’amour, tue l’amour et la joie...

Les mains accueillantes du Pere….

Bien que REMBRANDT ne place pas le pere au centre de son tableau, il est clair que le pere
est au cour de cet événement. C'est de lui que vient toute la lumiere. C'est vers lui que toute l'attention est dirigée. Il a voulu que notre attention premiere soit accordée au pere, avant toute autre personne.

Le véritable centre du tableau de Rembrandt,
ce sont les mains du pere penché sur son fils prodigue.
C'est sur elles que toute la lumiere est fixée; en elles, la Bonté se fait chair; par elles, le pardon,
la réconciliation et la guérison s'operent et grâce a elles, non seulement le fils fatigué mais aussi
le père épuisé trouvent le repos.

Toute l’attention est concentrée sur les mains du pere âgé, pressant sur sa poitrine son fils revenu.
On y voit le pardon, la réconciliation, la guérison; on y voit aussi la sécurité, le repos, le retour a la maison…

Les mains du père sont étendues et touchent le fils dans un geste de bénédiction; la lumiere sur le visage du pere se répand sur son corps, surtout sur ses mains, et enveloppe son plus jeune fils dans un grand halo de chaleur lumineuse.
Le geste de ses mains qui dégagent une lumiere intérieure, ne cherche qu'a guérir.

La main gauche du père, posée sur l'épaule de son fils est forte et musclée. Les doigts sont écartés et couvrent une bonne partie de l'épaule et du dos du fils prodigue. On y voit une certaine pression, surtout dans le pouce. Cette main semble non seulement toucher mais, grâce a sa force, également soutenir. Meme s'il y a de la douceur dans la façon dont la main gauche
du pere touche son fils, ce n'est pas sans une certaine fermeté.

La main droite du père est bien différente. Elle ne fait pas le geste de tenir ni de saisir. Elle est raffinée, douce et tres tendre. Les doigts sont rapprochés et ont une certaine élégance. La main repose légerement sur l'épaule du fils. Elle veut caresser, cajoler, offrir consolation et réconfort. C'est la main d'une mere… Ellle du côté du pied blessé du fils.
D’ailleurs, l’oeil droit du pere est a demi-ouvert. Il voit le fond du coeur de son fils, il y reconnaît sa bonté...

La forte main masculine est du côté du pied chaussé d'une demi- sandale. Serait-ce présomptueux de penser qu'une main protege le côté vulnérable du fils, tandis que l'autre main supporte le côté fort du fils qui désire mener sa vie a bien ? Son oeil gauche fermé exprime le pardon du pere qui ne voit plus la “ faute ”.

La grande cape rouge du père est large ouverte, accueillante. Sa couleur chaude et sa forme d'arche ou de tente offre un lieu d'accueil ou il fait bon vivre. Elle représente aussi les ailes de la mere poule qui offrent un abri symbolisant la sécurité que Dieu offre a ses enfants. La cape exprime la qualité maternelle de l’amour de Dieu. Le retour du fils cadet devient le retour dans le sein de Dieu.

Le père de Rembrandt est un père qui est dépouillé par la souffrance.
A travers ses nombreuses morts qu'il a vécues, il est devenu completement libre de recevoir et de donner.
Ses mains tendues ne quémandent pas, ni ne s'accrochent, ni n'exigent, ni n'avertissent, ni ne jugent, ni ne condamnent.
Ce sont des mains qui ne font que bénir, donnant tout, et n'attendant rien…

Nous avons besoin d'un pere qui vit les mains tendus, toujours pret a les poser sur les épaules de ses enfants désireux de rentrer a la maison. (171)

REMBRANDT nous présente un père qui aime ses deux fils, également. C’est lui qui aime le premier.
Ses mains tendues n'exigent pas, ne jugent pas, ne condamnent pas. Le père n’impose pas son amour a la personne aimée.

Ce sont des mains qui ne font que bénir, donnant tout, et n'attendant rien...

Je quitte la maison chaque fois que je perds confiance dans cette voix qui m'appelle le Bien-aimé,
pour marcher a la suite des voix qui m'offrent une variété de moyens de gagner cet amour
que je désire si fortement ( 51 )

“ Quitter la maison
est beaucoup plus pres de mon expérience spirituelle
que je n'aurais pu le croire…
La maison, c’est le centre de mon être, la ou je peux entendre la voix qui dit:
" Tu es mon Bien-aimé, celui qui a ma faveur "
la meme voix qui s'adresse a tous les enfants de Dieu et les libère...
J'ai tellement peur de n'etre pas aimé, d'etre blâmé, écarté, écrasé,
ignoré, persécuté et tué, que je développe sans cesse des stratégies pour me défendre,
m’assurant ainsi l'amour dont j’ai besoin et que je crois avoir mérité.

En agissant ainsi je m'éloigne de la maison de mon pere et je choisis de demeurer dans un“ pays lointain ”...( Nouwen )

La vraie question est alors: comment me laisser aimer de Dieu ?

“ Quand je regarde la figure éclairée du fils aîné, et quand je vois ses mains dans l’ombre,
je sens non seulement sa captivité, mais aussi la possibilité de libéra tion..
Est-ce que je suis tellement embourbé dans mon sentiment de rectitude, que je suis condamné,
moi aussi, malgré mon désir, a demeurer hors de la maison ?

(Nouwen)

Notre vocation est de devenir semblable au Père dans sa Bonté:

“ Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux...” Lc 6,36

Parabole de l’amour d’un père pour ses deux fils...

Évangile de Jésus selon l’écrit de Luc (15,1-3,11-32)

Les collecteurs d’impôts et les pécheurs venaient tous a Jésus pour l’écouter.
Les Pharisiens et les scribes murmuraient et disaient: Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux.
Alors il leur dit cette parabole:

Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit a son père:
- Pere, donne-moi la part d’héritage qui me revient.
Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain ou il gaspilla sa fortune
en menant une vie de désordre.

Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région et il commença à se trouver dans la misere.
Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder ses porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs.
Mais personne ne lui donnait rien.

Alors, il réfléchit:
Chez mon père, tant d’ouvriers ont du pain en abondance et moi, je meurs de faim. Je vais retourner chez mon pere, et je lui dirai:
«  Père, j’ai péché contre le ciel et la terre et contre toi. Je ne mérite plus d’etre appelé ton fils.
Prends-moi comme l’un de tes ouvriers. »

Il partit donc pour aller chez son pere. Comme il était encore loin, son pere l’aperçut et fut saisi de compassion.
Il courut se jeter a son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit:
Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…

Mais le père dit a ses domestiques: Vite, apportez le plus beau vetement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le; mangeons et festoyons.
Car mon fils que voila était mort et il est revenu a la vie; il était perdu et il est retrouvé.
Et ils commencerent la fête.

Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des domestiques, il deman-da ce qui se passait.
Celui-ci répondit: c’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.

Alors le fils aîné se mit en colere et il refusait d’entrer. Son pere, qui était sorti, le suppliait. Mais il rappliqua:

Il y a tant d’années que je suis a ton service sans jamais avoir désobéi a tes ordres; et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voila est arrivé, apres avoir dépensé ton bien avec des filles,
tu as fait tuer le veau gras pour lui!

Le père répondit:
« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est a moi est a toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir:
car ton frère que voila était mort et il est revenu a la vie;
il était perdu et il est retrouvé. »